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Prix d'une pharmacie : comment se calcule la valeur d'une officine

Pourcentage du chiffre d'affaires, multiple de la marge ou de l'EBE : les méthodes, les prix réellement pratiqués en 2025 et ce qui fait varier la valeur d'une officine.

Publié le 4 octobre 2026 · 7 min de lecture

Le prix d'une officine se négocie, mais il ne se fixe pas au hasard. Acheteurs, vendeurs, banques et transactionnaires s'appuient sur quelques repères, publiés chaque année par les financeurs spécialisés. Encore faut-il savoir lesquels regarder : le réflexe historique, le pourcentage du chiffre d'affaires, trompe de plus en plus souvent. Voici comment la valeur se calcule aujourd'hui, et ce que les transactions de 2025 disent des prix réels.

Trois façons de mesurer la valeur, une seule vraie question

Toutes les méthodes cherchent à répondre à la même question : combien l'officine rapporte-t-elle, et combien de temps faut-il pour rembourser son achat ?

Le pourcentage du chiffre d'affaires HT. C'est la méthode historique : « une pharmacie se vend à tant de pour cent de son CA ». Elle a l'avantage de la simplicité, mais elle est faussée par les médicaments chers, qui gonflent le chiffre d'affaires sans apporter la marge correspondante. Interfimo, financeur spécialisé des professions libérales et observateur de référence du marché, estime désormais que l'évolution des prix mesurée en pourcentage du CA « n'a plus aucun intérêt ». Gardez-la comme un premier coup d'œil, jamais comme un argument.

Le multiple de la marge brute. C'est la méthode que privilégie désormais Interfimo : la marge (ventes moins achats consommés) neutralise l'effet des médicaments chers et reflète mieux le travail réel de l'officine.

Le multiple de l'EBE retraité. L'excédent brut d'exploitation mesure ce que l'officine dégage pour rembourser l'emprunt et rémunérer le titulaire. C'est l'indicateur que regardent les banques. Attention : sa définition change selon les sources. Interfimo le calcule avant la rémunération du titulaire ; d'autres observatoires retirent d'abord une rémunération théorique. Ne comparez jamais deux multiples d'EBE venant de sources différentes.

Au bout du compte, ces méthodes convergent vers une limite simple : le prix doit pouvoir être remboursé par l'officine, tout en laissant au titulaire de quoi vivre. Une officine « bon marché » qui ne dégage pas assez d'EBE reste trop chère.

Les prix pratiqués en 2025

L'étude annuelle d'Interfimo, publiée en 2026, porte sur 888 transactions de l'année 2025. Pour les officines dégageant plus de 400 000 € de marge brute (les quatre cinquièmes des ventes) :

  • le prix moyen représente 76 % du chiffre d'affaires HT (78 % en 2024, 85 % en 2023) ;
  • soit 2,68 fois la marge brute ;
  • et 7,4 fois l'EBE retraité (7,1 fois en 2024).

La dispersion est forte : 60 % des ventes se sont conclues entre 56 % et 89 % du chiffre d'affaires, soit entre 5,5 et 9,1 fois l'EBE. Une moyenne n'est donc jamais un prix.

Pour les officines de moins de 400 000 € de marge, le prix moyen tombe à 51 % du chiffre d'affaires, 1,88 fois la marge et 5,8 fois l'EBE. La taille pèse aussi dans l'autre sens : 67 % du CA et 6,9 fois l'EBE entre 400 000 et 550 000 € de marge, 83 % du CA et 7,9 fois l'EBE au-delà d'un million d'euros de marge.

L'emplacement compte, dans des proportions moindres qu'on ne le croit souvent (officines de plus de 400 000 € de marge, 2025) :

EmplacementPrix en % du CA HTMultiple de la margeMultiple de l'EBE
Rurale76 %2,716,7
Quartier72 %2,637,5
Centre-ville76 %2,667,5
Centre commercial82 %2,838,1

D'autres observatoires donnent des ordres de grandeur voisins, sur des échantillons différents. Le réseau d'experts-comptables CGP relève un prix moyen de 1,66 million d'euros en 2025 (1,78 million en 2024), soit 7,24 fois l'EBE. CMV Médiforce, sur 386 cessions qu'il a financées, souvent de grandes officines, trouve un prix moyen de 2,66 millions d'euros, soit 70 % du chiffre d'affaires et 6,6 fois l'EBE. Ces moyennes ne se comparent pas entre elles : elles servent à situer une fourchette.

Un dernier piège de lecture : si le multiple d'EBE monte alors que le pourcentage du CA baisse, ce n'est pas que les prix s'envolent. C'est que la rentabilité des officines s'est érodée, et qu'un même prix représente plus d'années d'EBE.

Ce qui fait monter ou baisser le prix

À la hausse :

  • une marge et une rentabilité supérieures à la moyenne, régulières sur trois exercices ;
  • un emplacement recherché, avec du passage et de la parapharmacie (les centres commerciaux en tête) ;
  • une équipe stable et des locaux aux normes ;
  • un bail long et sûr, à un loyer de marché.

À la baisse :

  • une petite officine, ou un chiffre d'affaires gonflé par les médicaments chers sans marge en face ;
  • une dépendance à un prescripteur : le départ à la retraite d'un médecin non remplacé peut faire chuter l'activité ;
  • un bail précaire, un loyer hors marché ou des travaux de mise aux normes à prévoir ;
  • un contentieux social, ou des contrats de travail coûteux à reprendre ;
  • un projet de transfert ou l'arrivée possible d'un concurrent dans la zone.

Interfimo observe que la rentabilité n'est pas encore suffisamment prise en compte dans les négociations : c'est l'argument principal de l'acheteur, à condition de l'avoir chiffrée par un audit.

Ce que recouvre le prix, et ce qui s'y ajoute

Le prix du fonds couvre la clientèle, le droit au bail, les agencements et le matériel. Il ne comprend ni le stock, ni les murs : l'officine est le plus souvent locataire.

Le stock se paie en plus, après un inventaire contradictoire à la date de la cession. Il n'est pas marginal : selon les moyennes professionnelles publiées par KPMG en 2024, il représente environ 43 jours d'activité, soit près de 9 % du chiffre d'affaires.

Les droits d'enregistrement, pour l'achat d'un fonds de commerce, suivent le barème de l'article 719 du Code général des impôts : 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % de 23 000 à 200 000 €, 5 % au-delà. Pour un fonds acheté 1,5 million d'euros, cela représente 70 310 €.

Un abattement de 500 000 € sur l'assiette de ces droits existe depuis 2024 lorsque le fonds est racheté par un salarié de l'entreprise en CDI depuis au moins deux ans, qui s'engage à poursuivre l'exploitation (article 732 ter du CGI). Pour un adjoint qui reprend l'officine où il travaille, l'économie peut atteindre 25 000 € : faites vérifier les conditions par votre conseil.

Le rachat de parts sociales obéit à une autre logique : on achète la société, donc son fonds, mais aussi sa trésorerie et ses dettes. Les droits d'enregistrement sont différents, et l'audit doit couvrir tout le passif (voir notre guide sur l'audit d'une officine).

Les frais d'acquisition s'ajoutent enfin : honoraires du transactionnaire et de l'avocat, frais bancaires et de garantie. Faites-les chiffrer dès le départ, avec le besoin en fonds de roulement des premiers mois.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Raisonner en pourcentage du chiffre d'affaires, comme il y a quinze ans.
  • Prendre une moyenne pour un prix, alors que les écarts sont considérables.
  • Comparer des multiples d'EBE de sources qui ne le calculent pas de la même façon.
  • Oublier le stock, les droits et les frais dans le plan de financement.
  • Négocier avant d'avoir fait analyser les comptes par un expert-comptable spécialisé.

Le bon prix est celui que l'officine peut rembourser en vous laissant vivre. Le simulateur du salon donne un premier ordre de grandeur ; les annonces des transactionnaires, comme Pharmathèque, se consultent par département et par tranche de chiffre d'affaires.

Sources

Guide à jour au 27 septembre 2026. Les chiffres cités sont des moyennes publiées ; ils ne remplacent pas l'évaluation d'une officine donnée par un professionnel.